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      Dossier n° 3 - Concarneau, un port dans la ville, enjeux et réalité

     Avril 2011

 
 
L'Interprofession du Port de Concarneau (IPC) croit à la nécessité d'inscrire ses activités dans une démarche de développement durable. Des solutions concrètes ont déjà été apportées par les entreprises qui doivent gérer des contraintes économiques dans un contexte de concurrence mondialisée, environnementales et de promiscuité avec un site touristique et des habitations…, pour continuer à vivre et travailler à Concarneau. Les coûts inhérents à la modernisation des infrastructures ne peuvent pas être supportés uniquement par les entreprises qui ne sont pas propriétaires des équipements portuaires. Les différents partenaires doivent réfléchir ensembles aux perspectives d'avenir du port de Concarneau et se donner les moyens d'atteindre les objectifs fixés.
 


IPC : pour la défense et la promotion des activités de construction et de réparation navale à Concarneau

 

L'Interprofession du Port de Concarneau défend depuis 18 ans le développement économique des 45 entreprises locales qui interviennent dans la construction, l'armement, la réparation et l'avitaillement de tous types de navires. La diversité des activités proposées sur le site de Concarneau (chaudronnerie, usinage, électricité, mécanique, isolation, climatisation, peinture…) répond aux exigences des armateurs et clients du port qui recherchent avant tout une forte réactivité à moindre coût. Cette complémentarité sur une zone restreinte lui a également permis d'obtenir des marchés publics de grande ampleur tels que ceux de la Marine nationale.

Le port de Concarneau est classé « port d'intérêt national ». Il se caractérise par sa diversité : la pêche, le mareyage, la construction navale, la plaisance, la course au large… Il est fréquenté aussi bien par des navires de pêche (criée, avitaillement, réparation, construction), que par des navires en construction ou en réparation, destinés à l'offshore, à l'océanographie, au cabotage, au dragage, au remorquage, au transport de passagers, à la plaisance…

C'est aussi le 1er port thonier européen sur le thon tropical notamment au large des Seychelles. Ce positionnement cache mal le déclin de l'activité pêche sur le port. Concarneau est ainsi passé de la 4ème à la 7ème place des ports de pêche français en valeurs débarquées, de 2006 à 2009. En revanche, le poids des autres activités a tendance à se renforcer. L'emploi direct dans la construction et la réparation navales représente 33% de la totalité des emplois pourvus sur le port, le plus fort pourcentage devant la pêche (28%) et le commerce tertiaire (21%).

 
 

L'IPC en bref :

Création de l'Interprofession en 1993

45 entreprises

1 000 emplois directs

115 millions d'euros de chiffre d'affaires

En 1997, l'IPC crée la Société d'exploitation des Moyens de Carénage (SEMCAR) qui assure la gestion des trois engins de carénage du port : la cale sèche, le slipway et l'élévateur à bateaux.

 

Une problématique partagée par d'autres ports français
 

À l'instar de nombreux ports français tels que celui de St Malo implanté au pied de la ville close, le port de Concarneau est enclavé entre un site historique et une zone urbaine. Cette promiscuité pose aujourd'hui des problèmes de cohabitation à l'heure où le port tend à développer son activité industrielle. La gestion multiple du port, les critiques des riverains, les contraintes industrielles des entreprises ne rendent pas le climat serein pour rechercher des solutions innovantes et pérennes, vitales pour l'avenir du port.

 

Vue aérienne du port de Concarneau (©: B. LE MERDY)

 

Une gestion multipartite des infrastructures portuaires

Les entreprises de la zone portuaire ne sont pas propriétaires des installations qu'elles utilisent. Le port de Concarneau est géré par différentes instances. La propriété a été transférée au Conseil général en 2007. Elle fait l'objet d'une concession à la CCI de Quimper Cornouaille pour les activités de pêche et l'usage des équipements de réparation. La concession du port de plaisance est attribuée, quant à elle, à la commune. Face à cette gestion multipartite, il est parfois difficile de trouver rapidement un consensus entre les attentes et besoins de chacun, tout en gardant à l'esprit les contraintes des métiers qui s'exercent sur le port et le confort de vie des riverains.

 

Une cohabitation quelques fois conflictuelle

Cette activité portuaire à proximité d'habitations est depuis peu exposée aux critiques de riverains qui supportent difficilement les effets collatéraux de la vie du port.

« Comment concilier une activité industrielle lourde à l'intérieur d'un territoire enclavé sans effets collatéraux pour nos citoyens ? se demande Bruno ROUYER, Président de l'Interprofession du Port de Concarneau. Cette conscience environnementale de proximité a évolué au cours des 10 dernières années et est issue, pour une large part, de l'augmentation de la taille et du nombre de navires en construction ou en réparation sur notre site finistérien, mais surtout de la sensibilité accrue du citoyen à la qualité de son environnement de vie » poursuit-il. Des conflits naissent, pas seulement à Concarneau, mais dans les autres ports français, partout où l'industrie côtoie des habitations : St Malo, Lorient, Marseille…

 

Trois types de nuisances liées à l'activité créent aujourd'hui des tensions :

le bruit,

le rejet des effluents

et les projections diverses.

 

Le Roselend et le Fromveur sur l'élévateur (©: G. SEGALEN)

 

Les investissements des entreprises sur leurs fonds propres

pour réduire les nuisances,

et leurs contraintes industrielles

 

Le bruit

Quelque soit l'affluence sur les chantiers et les infrastructures de carénage, les entreprises se sont engagées à ne pas travailler avant 7h et après 20h en respect de la règlementation.

Tous les bâtiments ont été traités phoniquement pour amortir les bruits.

Une haie a été plantée derrière les chantiers Piriou et la SAEN pour créer une palissade naturelle entre les bâtiments industriels et les habitations.

 
   

Le rejet des effluents dans le bassin portuaire

Aujourd'hui, seule la cale sèche est une installation classée pour la protection de l'Environnement, unique équipement de ce type classé en France par les services de l'État. La SEMCAR, émanation de l'IPC, a financé à hauteur de 20% la construction de cette cale sèche.

Malgré un respect des règlements en vigueur, les autres infrastructures de carénage  ne permettent pas un traitement des rejets satisfaisant au vu des normes bientôt applicables (loi sur l'eau en 2013), et des préoccupations environnementales que les dirigeants et salariés des entreprises utilisatrices ont depuis plusieurs années. Le Conseil général, propriétaire des installations, a lancé une étude pour mettre aux normes le slipway et l'élévateur. Les fruits de cette étude ne seront visibles qu'en 2014-2015. En attendant cette mise aux normes, les entreprises mettent en place, et à leur charge, des protections au sol en périphérie du navire pour permettre la récupération de l'eau de lavage, son pompage et son traitement.

8 sociétés de l'IPC finalisent actuellement un diagnostic environnemental dans le but d'apporter des solutions en termes de stockage, de traitement et de gestion de leurs déchets.

   

La cale sèche, classée IPCE

 
 

Les projections diverses

Un système de nacelle confinée a été conçu et soumis à des essais qui n'ont pas été concluants. La sécurité des salariés n'était pas assurée compte tenu d'une prise au vent trop importante.

Des bâches, financées par la SAEN, ont été distribuées gratuitement aux riverains et aux usagers par l'intermédiaire de la municipalité pour protéger les voitures stationnées à proximité des engins de carénage. Mais paradoxalement, elles sont encore peu utilisées.

En 2000, la SAEN a investi dans un bâtiment de sablage de 700 m2 couvert pour un montant de près d'1 million d'euros afin de supprimer la diffusion des poussières de sable et des particules d'overspray dans l'atmosphère. Les poussières et solvants sont récupérés et retraités.

Au regard de cette initiative, le confinement complet des navires pourrait être une solution. Hormis le coût élevé d'un tel dispositif, se pose également le problème de la compatibilité des activités sous un même toit sans risques majeurs : « la peinture ne fait pas bon ménage avec la chaudronnerie, la mécanique ou l'électricité » , souligne Bruno ROUYER .

De plus, les entreprises qui interviennent sur le port de Concarneau sont amenées à se déplacer sur tous les sites industriels : de la cale sèche au slipway en passant par le quai pétrolier, l'élévateur, le quai de réparations navales… «  La diversité des emplacements industriels rend difficile la mise en place d'un dispositif de protection sur chacun d'entre eux. Pour des raisons de coûts, de délais et de mobilité sur l'ensemble de la zone portuaire, les entreprises ont des difficultés à trouver des solutions pérennes », poursuit Bruno ROUYER . Le confinement complet multiplierait par trois le prix de la prestation et impliquerait la construction de bâtiments dont la taille ne serait pas acceptée par les Bâtiments de France ; la position du port à moins de 500m de la ville close imposant des règles drastiques en termes d'architecture et de hauteur sous toit.

Sur un plan technique, les entreprises de peinture par exemple sont tributaires des conditions atmosphériques (l'hygrométrie, le point de rosée, la température) lors de l'application de la peinture, des contraintes de temps imposées par le client, des spécifications des fabricants qui soumettent leur garantie à des méthodes strictes d'application.

 
 

Décapage haute pression (©: SAEN)

 

Pour plus d'information, consultez le dossier spécial consacré à l'activité de peinture

dans le dossier archives ci-dessous.

 

 

Les enjeux de la mise aux normes et de la modernisation des infrastructures portuaires

De nombreux ports français, comme Nantes ou Dunkerque, ont pris la mesure de l'intégration d'une démarche environnementale dans leur développement industriel. Le port Atlantique Nantes-St Nazaire est certifié ISO 9001 pour les activités d'accueil des navires et de mise à disposition d'outillages et ISO 14001 pour son système de management environnemental. Le port de Dunkerque, quant à lui, a défini une politique de gestion de la biodiversité sur le long terme en prenant en compte les milieux naturels dans les projets d'aménagement de la zone portuaire. Il a également signé une convention sur la gestion durable de l'eau qui vise à protéger le milieu marin à travers 3 volets : la qualité des eaux sanitaires, la qualité des eaux pluviales et celle des eaux issues du processus de fabrication.

L'IPC est consciente que cette démarche doit devenir réalité pour tous les partenaires du port de Concarneau. « Nous devons accompagner le développement (de nos entreprises) en intégrant la nouvelle donne environnementale avec le concours des pouvoirs publics. Il serait risqué, en effet, de produire des navires propres dans un environnement industriel local dégradé , souligne Bruno ROUYER. Des études sont en cours pour maîtriser les eaux de lavage et de déchets de peinture au niveau du slipway et de l'élévateur. Ce sont des investissements lourds mais indispensables. (…) Parce que le devenir du port dépendra aussi de la compétitivité des entreprises de construction et de réparation navale, il est nécessaire de mettre à notre disposition des aires de carénage aux normes environnementales et un bassin portuaire totalement désenvasé » .

 

Le slipway (©: G. SEGALEN)

 

Le réaménagement du port fait l'objet d'une étude lancée par le comité de pilotage mis en place tout récemment par le Conseil général. Cette étude doit définir le schéma d'aménagement et de développement du port de Concarneau qui ne verra le jour qu'à l'horizon de 2014-2015. De nombreux investissements pour sa modernisation ont déjà été annoncés ainsi qu'une nouvelle organisation des espaces. L'IPC s'en félicite mais les délais invoqués sont encore longs. Le coût estimé des travaux de mise en conformité des engins appartenant au Département serait supérieur à 2 millions d'euros. La CCI cherche à obtenir l'appui financier du Conseil général, de la Région et du Fonds européen pour la pêche (FEP) pour rassembler le budget nécessaire. Outre le réaménagement du port et la modernisation des infrastructures, le dragage partiel du bassin du Moros, piloté par le Conseil général, est essentiel pour élargir et maintenir les accès dans des conditions satisfaisantes et ainsi accueillir l es navires modernes dont la taille est de plus en plus importante . Ce chantier va débuter en juillet. Il devrait s'élever à 1,1 millions d'euros.

Les entreprises adhérentes de l'IPC mènent une politique d'investissement sur leurs fonds propres pour réduire les désagréments causés par leurs activités industrielles. Elles sont conscientes que des efforts doivent être fournis pour aller plus en avant dans les mises aux normes environnementales. Elles cherchent des solutions mais ne pourront mener une politique environnementale durable qu'en concertation avec les partenaires institutionnels et les usagers du port (Conseil général, ville, CCI, professionnels).

 

Pour les professionnels, les infrastructures doivent répondre :

aux nécessités de respect de l'environnement et aux obligations de conformité à la réglementation européenne,

aux soucis de fiabilisation et de rapidité des manutentions,

aux exigences des armateurs en matière de réduction et de respect des délais.

Dans un contexte industriel mondialisé, « Les contraintes de livraison et de budget nous obligent à nous adapter, à inventer pour conserver les marchés », affirme Bruno ROUYER . « Toutes les entreprises de la zone portuaire sont interdépendantes. Si une activité est supprimée, c'est tout l'édifice qui serait mis à mal (...). »

 

Bruno ROUYER, Président de l'IPC,

entouré de David DIZAY et Pascal PIRIOU, Vices-président


 
Archives
 
Le Dossier "Peinture" - décembre 2009
Le Dossier "Les Défis de la croissance" - novembre 2009
 

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